Interview de Franck Al Shakarchi, Chef de projet Island-NEWS.

L’Agence Régionale de l’Energie Réunion (ARER) est une association de loi 1901 à but non lucratif qui a pour objectif de promouvoir et développer les actions tendant à économiser l’énergie, utiliser les énergies renouvelables et préserver les ressources énergétiques, sur l’Île de la Réunion.

Island-NEWS est un programme soutenu par l’ARER.

Pouvez-vous décrire le programme Island-NEWS en quelques mots ?

Island-NEWS cherche à développer des stratégies d’autonomie énergétique dans les îles et à développer la coopération inter-îles en ce sens.

En cela, il s’inspire de la jeune expérience réunionnaise avec le Plan Régional des Energies Renouvelables et de l’Utilisation Rationnelle de l’Energie. Il s’inscrit dans le cadre de la politique réunionnaise de développement régional dans l’Océan Indien ainsi que dans la volonté commune des Petits Etats Insulaires en Développement (PIED) de collaborer à la lutte contre le réchauffement climatique.

Comment est née cette initiative ?

Cette initiative a été lancée suite aux Réunions Energies 2005, organisées par l’ARER et sous le patronage du Conseil Régional de La Réunion et de la Commission Européenne, consacrées à la politique énergétique des îles. Plus de 15 îles étaient représentées et l’idée d’un réseau de coopération est née.

Auparavant, l’ARER avait piloté le dépôt d’un dossier de demande de financement européen au programme COOPENER sur un projet de coopération sur les politiques énergétiques durables dans l’Océan Indien, malencontreusement refusé.

Officiellement lancé en 2006, qu’en est-il, aujourd’hui, de ce réseau de coopération en terme de participants/membres ? Sont-ils nombreux ? Actifs ? Sont-ils des îles de l’Océan Indien ? Du Monde entier ?

La confrontation au principe de réalité est impitoyable. Il y a la question des moyens : humains, financiers, politiques,… Et il y a la question du temps : de la réflexion, de la négociation,…

A la place d’un réseau, nous avons développé de nombreux partenariats qui ont donné lieu à quelques projets concrets. Nous avons ainsi de nombreux contacts dans l’OI mais qui n’interagissent pas entre eux.

Nous travaillons dans l’Océan Indien avec Maurice, Rodrigues, Mayotte, Madagascar et les Seychelles, ainsi qu’avec des îles situées en Europe comme Madère.

L’idée est d’échanger entre membres pour que chacun apprenne des autres. Il faut donc qu’individuellement chacun contribue pour que tous ensemble nous nous renforcions. Nous espérons bientôt acquérir de nouveaux moyens pour développer le « réseau ».

 

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En quoi consiste votre rôle, au quotidien, en tant que chef de projet Island-NEWS ?

Encore le principe de réalité !!!

Je mène les projets mahorais en attendant l’arrivée du chargé de mission en cours de recrutement : cela a été compliqué car nous souhaitions une personne qui connaisse le tissu local. Les deux projets principaux portent sur la mise en place d’un observatoire de l’énergie (pour faire des études et des bilans énergétiques) et la promotion des bâtiments performants énergétiquement (par l’information des acteurs et la mise en place d’une charte, d’un référentiel technique et d’un appel à projets).

Je réponds aux sollicitations du Conseil Régional concernant la venue de quelque délégation insulaire, ce qui permet de discuter et d’envisager des projets.

Je manage aussi, au niveau réunionnais, les équipes de l’observatoire de l’énergie réunion et du projet de stockage de l’énergie. Je travaille également à la mise en place d’un système de management de la qualité et des outils informatiques associés.

Quels types d’actions menez-vous auprès des, ou en collaboration avec, les îles ? Et avec quels types de partenaires ?

Les projets et leurs cadres sont différents dans chaque cas.

Avec Mayotte, nous menons un programme d’action financé par le Conseil Général de Mayotte (membre de droit de l’ARER), l’ADEME et Electricité De Mayotte. A Mayotte encore, nous travaillons avec la Mairie de Mamdouzou (membre associé de l’ARER) sur ses projets de construction, d’aménagement, d’éclairage public,…

Avec Rodrigues, nous avons défini la stratégie d’autonomie de l’île pour l’Assemblée Régionale de Rodrigues et nous allons entamer la phase 2 des études. Avec les Seychelles, nous envisageons de reproduire un projet similaire à Rodrigues.

Avec les européens, ce sont des dépôts de dossiers de financements à des projets européens.

Nous avons aussi mené des projets individuels avec des entreprises : formation, audit,…

Etes vous dans une optique de prospection auprès des îles, ou viennent-elles vers vous pour coopérer sur des projets « énergétiques » ?

Aujourd’hui, nous sommes plutôt dans une optique : faisons le travail conventionné et, pour le reste, on verra. C’est encore une question de moyens. Ce sont les contacts du Conseil Régional et la visite de certaines délégations qui nous permettent de nous développer à présent.

Au début, nous nous sommes consacrés à développer les partenariats par des missions : à Mayotte, à Maurice, à Rodrigues. La phase de développement initial a duré un an.

Combien de projets avez-vous lancés depuis le lancement du réseau Island-NEWS ?

On a voulu initier une vingtaine de projets avec plus ou moins de succès.

Une dizaine se sont réalisées ou sont en cours de réalisation.

Est-ce que cela correspond aux résultats initialement attendus par la mise en place d’un tel réseau ? Pour quelles raisons ?

Globalement, nous sommes très satisfaits des succès d’Island-NEWS, même si, sur cinq dépôts de dossier de financement (3 à Energie Intelligente Europe, 1 à Interreg, 1 à l’AFD), aucun n’a été accepté.

Cela est un peu frustrant que nous ne développions pas cette idée de réseau, même si nous disposons à présent de tous les outils informatiques. Il s’agit d’une question de moyens.

Les projets sur lesquels vous travaillez sont très accès sur l’autonomie énergétique et les énergies propres. Intégrez-vous malgré tout dans vos projets, une réflexion plus large sur les enjeux environnementaux, autres que le changement climatique, et sur les enjeux sociaux au niveau local?

La réflexion est forcément plus large.

D’une part, les pouvoirs publics sont sensibles à l’autonomie énergétique aussi pour des raisons économiques et sociales, pas qu’environnementales.

D’autre part, la problématique énergétique nous amène à traiter d’autres questions :

- l’eau dans le cas de Rodrigues : utiliser l’énergie éolienne pour désaliniser l’eau de mer et apporter de l’eau aux Rodriguais mais aussi utiliser cette même eau pour stocker l’énergie éolienne intermittente

- la gestion des forêts, l’agriculture et la biomasse aussi dans le cas de Rodrigues

- les matériaux dans le cas de Mayotte et la performance énergétique des bâtiments

Quelles sont les principales difficultés dans la mise en place et le maintien d’un réseau de coopération comme Island-NEWS ?

Les moyens financiers, humaines et POLITIQUES, et le temps.

Le programme « Réunion 2030 » est en cours de réflexion, suite au Grenelle de l’Environnement et à l’annonce du Premier Ministre expliquant la volonté de l’Etat de soutenir ce projet. L’ARER pourrait-elle, selon vous être désignée comme porteuse de ce projet ?

L’ARER y participe et continuera à y participer. Mais le projet est mené par l’Etat au travers d’un chargé de mission qu’il a mené avec l’appui de la préfecture et du SGAR.

Pour conclure, si vous deviez décrire le développement durable en 3 mots, lesquels choisiriez-vous ?

Objectif de société

Site internet d’Island-NEWS

Site internet de l’ARER

Cet article a été posté le Mardi, 15 avril, 2008 à 15:48.
Catégories: Energie, Interviews.

Un Commentaire, Commentaire ou Rétrolien

  1. L’indépendance énergétique des territoires isolés est un sujet passionnant. Cela m’évique Solar Project, qui veut équiper l’île d’Hawaii avec des voitures électriques dont l’énergie a été produite depuis des sources durables exclusivement.

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