Coliposte : Agir sur le transport

Interview d’Audrey Bagot, Chargée de projet développement durable chez Coliposte

Coliposte est l’opérateur interne colis du Groupe La Poste. Leader en France et second opérateur en Europe de livraison de colis aux particuliers en 48 heures et plus, Coliposte a mis en place et améliore constamment sa politique de développement durable. Son enjeu majeur étant de diminuer l’impact environnemental lié au transport.

Quel est votre avis par rapport au concept théorique du développement durable (Economie/Social/Environnement) ?

Audrey Bagot (AB) : C’est un concept qui a été bien construit car il est certes très théorique mais il est adaptable à  tout type d’organisation, que ce soit une entreprise, une collectivité territoriale ou une association. Chaque type de structure peut décliner une politique propre en suivant les principes décrits.

Le groupe La Poste a mis en place une politique de développement durable. En tant qu’opérateur Colis du groupe, suivez-vous cette politique ? Ou avez-vous mis en place une politique propre à  Coliposte ?

(AB) : Chacun des 4 métiers du groupe (Courrier, Colis, Banque Postale, Enseigne) décline la politique du groupe dans sa propre politique DD. Chacun des métiers doit contribuer aux engagements du groupe en fonction de ses impacts les plus significatifs. Comme les autres métiers, ColiPoste a mis en place sa propre politique DD qui suit les orientations du groupe tout en se focalisant sur les impacts les plus importants de son activité.

Quelles sont, en quelques mots, les actions que vous avez lancées, tant en interne qu’en externe, en faveur du DD ?

(AB) : En quelques mots, nos actions sur le volet environnement concernent la limitation des émissions de gaz à  effets de serre du transport routier par l’optimisation logistique, par exemple 1 liaison de transport en vrac des colis équivaut à  1,6 liaison classique en containers. Nous mettons également en place la gestion environnementale des sites avec le tri des déchets, la maîtrise des consommations d’énergie et d’eau. Nous travaillons sur l’éco-conception des emballages Colissimo, sur l’utilisation de papier « responsable » pour l’impression de supports et la bureautique. Pour l’aspect sociétal, notre action principale porte sur les achats responsables et la sensibilisation des Colipostiers au DD. Au niveau social les axes sont de favoriser le dialogue social, la diversité et d’améliorer la santé et la sécurité au travail.

Qu’entendez-vous par « favoriser la diversité » ?

(AB) : Nous travaillons sur l’égalité professionnelle homme-femme et le handicap. Le Groupe La Poste vient d’ailleurs de signer un accord social fixant des objectifs d’embauche de personnes handicapées. Nous prévoyons de décliner cet accord au sein de Coliposte en 2008.

Selon vous ces actions peuvent-elles être tournées en avantages concurrentiels ? Pourquoi ?

(AB) : Oui, aujourd’hui agir pour le développement durable est un avantage concurrentiel en termes d’image d’entreprise, de motivation des salariés et de fidélisation des clients. La démarche DD est devenue incontournable aujourd’hui, pour les grandes entreprises bien sà»r, mais également de plus en plus pour les PME-PMI même pour celles dont le secteur d’activité n’est pas fortement lié aux aspects DD. En effet, entreprendre une démarche DD leur est fortement suggéré par leurs clients, mais c’est aussi un atout dans le recrutement par exemple.

Utilisez-vous ces actions comme avantages concurrentiels ? Comment ?

(AB) : Les actions de développement durable représentent des avantages concurrentiels pour ColiPoste. C’est un levier important pour motiver les Colipostiers autour de projets fédérateurs, optimiser nos coà»ts avec la gestion environnementale des sites par exemple, réduire les risques notamment juridiques. Cette démarche permet également d’entretenir de meilleures relations avec nos partenaires, d’accroître la satisfaction et la fidélité de nos clients, et d’améliorer l’image de ColiPoste, de ses produits et ses services.

Travaillez-vous avec des partenaires de type associatifs, ou des cabinets de conseil, pour réfléchir et/ou valider vos projets en faveur du DD ?

(AB) : Oui, nous travaillons avec des cabinets de conseil, par le biais de la Direction DD du Groupe, pour élaborer le Rapport DD annuel de La Poste par exemple. Autre exemple, La Poste a élaboré une Gamme Verte avec un logo « La Poste, pour la planète », que vous pouvez voir par exemple sur tous les carnets de timbre qui sont éco-conçus depuis 2007. Pour qu’un produit du Groupe soit intégré dans cette Gamme Verte, il doit être validé par une Commission ad hoc composée de représentants de l’ADEME et d’associations de consommateurs.

Constatez-vous une différence entre les impacts souhaités sur votre organisation interne et les impacts constatés de votre politique DD ? Si oui lesquels ?

(AB) : Les choses n’avancent jamais aussi vite que l’on voudrait ! Mais la prise de conscience collective, devenue très forte depuis un an, nous a permis de donner beaucoup d’élan à  l’action DD au sein de ColiPoste. La politique DD est bien appropriée par les Colipostiers, cela s’observe tant au niveau des Directions du siège, qui participent ou prennent en charge certaines actions, que sur les sites de production o๠de bonnes pratiques se développent de plus en plus.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur ces bonnes pratiques ?

(AB) : Nous constatons que de plus en plus d’initiatives sont prises en local, sans que nous intervenions. Par exemple, suite à  la mise Å“uvre de notre politique de tri des déchets de production, certains sites ont poussé volontairement la démarche jusqu’au tri du papier de bureau ou des canettes et des gobelets de machines à  café. D’autres ont choisi de développer la communication en interne, en réalisant par exemple des affiches mensuelles de sensibilisation au développement durable.

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Les relations avec vos partenaires sont-elles modifiées par cette politique ? par exemple, imposez-vous à  vos fournisseurs ou prestataires des critères que vous n’imposiez pas avant ?

(AB) : Notre action « achats responsables » passe par l’intégration de critères DD dans les cahiers des charges et les notations de fournisseurs. Cette intégration se base sur l’observation des bonnes pratiques des différents secteurs d’activités de nos prestataires. L’objectif est de motiver nos prestataires à  progresser vers les meilleures pratiques, pas de les décourager !

A ce jour, cette politique, bien que souhaitée par la direction, est-elle ou a-t-elle été un frein au développement sur certains aspects?

(AB) : Non, la démarche de développement durable a pour objectif d’assurer la pérennité de l’entreprise dans son environnement et dans sa relation avec ses parties prenantes. La politique DD de ColiPoste accompagne et pérennise son développement.

A quelles difficultés inattendues avez-vous dà» faire face ? ou faites-vous face encore aujourd’hui ?

(AB) : Les principales difficultés que l’on rencontre aujourd’hui résident dans le manque de développement de solutions technologiques innovantes, notamment dans les véhicules propres.

Que faites-vous pour y remédier ?

(AB) : La Poste participe à  des groupes de travail inter-entreprises et des conférences sur les thématiques liées au transport. Le Groupe a récemment adhéré à  l’AVERE (Association européenne des véhicules électriques routiers) et a lancé en 2007 un appel d’offre pour l’achat de 500 véhicules électriques.

Quelles erreurs à  éviter selon vous lorsque l’on s’engage dans des démarches DD ?

(AB) : Je pense que la principale erreur est de mener une politique DD sans impliquer tous les acteurs de l’entreprise. L’action DD est une démarche transverse qui nécessite la participation de tous les services de l’entreprise, la communication interne en est un facteur de réussite essentiel.

Recherchez-vous des bonnes pratiques ou innovez-vous en termes d’actions DD ?

(AB) : Nous sommes en veille continue sur les bonnes pratiques tant de nos concurrents que d’entreprises d’autres secteurs d’activités, de nos fournisseurs et de nos clients.

Seriez-vous prêts aujourd’hui à  réfléchir en commun avec vos concurrents pour développer votre marché ?

(AB) : Oui, nous le faisons déjà  en adhérant par exemple à  la FEVAD (Fédération de Vente A Distance) comme plusieurs de nos clients et de nos concurrents.

Pour conclure, le développement durable en trois mots ?

(AB) : Innover, partager, fédérer !

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Les transports en commun de Maubeuge sur Google Transit

Maubeuge, petite ville d’environ 33000 habitants en région Nord-Pas-de-Calais est la première ville de France à  bénéficier du service Google Transit, parmi plus de vingt villes américaines, trois canadiennes, deux en Italie, une en Suisse et une au Royaume Uni.

 

Ce service permet aux internautes de trouver, pour les villes référencées, les moyens de transports en commun disponibles entre deux points ainsi que les trajets (visibles sur Google Map) et les horaires de passages.

 

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Il ne reste plus qu’à  voir jusqu’o๠ce service va se développer. Va-t-il s’ouvrir à  toutes les villes qui disposent de transport en commun ? Les liaisons inter cités vont-elles également être accessibles sur le site ? Google pense t-il déjà  à  intégrer un système de gestion de co-voiturage ?

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Echo-Mer : Montrer que les choses sont possibles

De retour d’une transatlantique, David Beaulieu ayant eu « l’échode la mer » décide d’agir pour la protection de la mer et l’environnement, et créé en juillet 2001, à  La Rochelle, l’association Echo-Mer qui s’est fixée trois grands objectifs :

  • développer des réflexes éco-citoyens auprès d’un large public,
  • promouvoir une meilleure prise en compte de l’environnement dans le milieu nautique et les activités liées à  la mer,
  • impulser une prise en compte des enjeux du développement durable.

Je suis allé interroger l’équipe d’Echo-Mer, David Beaulieu et Capucine Decoster, dans leurs locaux à  La Rochelle pour en savoir un peu plus sur leur démarche. Dans une ambiance bon enfant, ils répondaient à  mes questions tout en terminant la fabrication de produits en tout genre (cabas, sac à  main, pochettes) à  partir de voiles de bateaux recyclées (l’opération « Textile en mer »).

 

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Vous agissez localement sur La Rochelle et ses environs. Etes-vous dans une optique d’agir au niveau national ?

David Beaulieu (DB) : Non, en réalité nos actions se font connaître petit à  petit et principalement par le bouche à  oreille. Nous considérons nos locaux, ici à  La Rochelle, comme un laboratoire ou l’on teste des idées, on tente des actions. Si par la suite elles sont reprises par d’autres, nous en sommes très heureux. Nous ne faisons que très peu de démarchage, pratiquement pas de publicité, et pourtant nos actions se font connaître en France et même au-delà . Par exemple nous avons mis en place la Charte de l’éco-marin qui a été signée par Isabelle Autissier. Cette charte a récemment été présentée à  la cérémonie de remise des “Doctor Honoris Causa” de l’Université Catholique de Louvain en Belgique à  laquelle Isabelle Autissier et Erik Orsenna ont été primés pour leur expédition en Antarctique “Salut au Grand Sud”. La charte a été adoptée à  cette occasion par l’U.L.Y.C (University of Louvain Yachting Club), un club de voile. Au fur et à  mesure nos projets prennent le large et dépassent les frontières de la Charente-Maritime.

Pour vous le développement durable c’est quoi ?

Capucine Decoster (CD) : C’est une expression que nous employons peu au quotidien car nous travaillons principalement sur l’aspect environnemental. C’est un concept qui a du mal à  être compris. Lorsque je vais faire de la sensibilisation dans les lycées, beaucoup d’élèves ont entendu parler du développement durable, mais peu sont en mesure de l’expliquer. Cela reste un concept flou, pas assez concret dans le quotidien des citoyens.

DB : On a l’impression que ce concept tourne aujourd’hui autour de discours beaucoup trop théoriques, et que la communication a pris le pas sur le concept et les actions concrètes qui pourraient en découler. Finalement il faut incarner le développement durable au jour le jour et c’est ce que nous faisons en restant cohérent dans nos choix pour contribuer à  la protection de l’environnement, développer notre activité, créer des emplois. Nous essayons de rester pragmatiques et proches du terrain, tout simplement en sensibilisant les navigateurs sur le fait de ne pas utiliser de produits polluants par exemple. Tout cela est une affaire de bon sens.
[NDLR : Echo-Mer travaille avec une entreprise de réinsertion sociale pour la fabrication des produits « Textile en mer » créant ainsi des emplois.]

Agissez-vous en toute indépendance ?

DB / CD : Oui sauf sur la thématique des sacs plastiques ou nous travaillons avec la Communauté d’Agglomération de La Rochelle qui a un droit de regard sur nos actions et participe aux prises de décisions au sein d’un comité de pilotage. L’idée pour nous n’est pas de lancer des actions dans tous les sens mais au contraire de travailler main dans la main avec des instituions locales pour que les actions soient cohérentes avec les besoins du territoire.

Là  o๠cela devient intéressant, c’est lorsque nous devenons autonome sur certains sujets. Par exemple nous développons actuellement un programme sur le lombricompostage. Nous sommes allé voir la Mairie de La Rochelle qui a décidé de soutenir ce programme. La Mairie sollicite les écoles pour identifier celles qui seraient intéressées pour participer au programme. Nous irons ensuite mettre en Å“uvre les lombricomposteurs dans les cantines des établissements volontaires et sensibiliser le personnel de restauration, les professeurs et les élèves. Les composteurs sont fournis gracieusement par la ville de La Rochelle.

Proposez-vous cette expertise, que vous développez sur certains sujets, à  des entreprises ou des collectivités ?

DB : oui, la plupart du temps, ce sont les gens qui viennent à  nous parce qu’ils ont entendu parlé de l’association et nous demandent d’intervenir sur leur projet. Par exemple, l’entreprise CCC (Comptoir du Chauffage Charentais), dont le dirigeant était sensible à  l’environnement, a fait appel à  nous pour participer à  la réalisation d’un guide sur l’amélioration de la gestion des déchets. Nous travaillons avec des associations, des entreprises, des collectivités, des banques€¦

Si vous aviez un conseil à  donner à  une entreprise ou une collectivité locale qui souhaite s’engager dans une démarche de développement durable, que lui diriez-vous ?

DB : je lui dirais de s’appuyer sur des gens de terrain. Les entreprises ou les collectivités n’ont pas toujours les moyens humains pour agir, et elles ne peuvent pas se contenter de communiquer et ne rien faire à  côté, si elles ne veulent pas se couper d’une certaine réalité économique. A titre d’exemple, Capucine a sensibilisé plus de 700 élèves dans une douzaine d’établissements différents dans le cadre du programme « Un sac plastique ? Non merci » mandatée par la Communauté d’Agglomération de La Rochelle. Voilà  ce que nous faisons, l’action au quotidien sur le terrain, et que nous pouvons apporter à  ceux qui souhaitent s’engager dans de telles démarches.

Pour conclure, le « développement durable » en 2 mots ?

DB : Prouver et Appliquer. C’est-à -dire montrer que les choses sont possibles.


Pendant cette rencontre, j’ai eu droit à  une petite présentation du tout nouveau modèle de sac en bandoulière, très tendance, également issu de voiles de bateau recyclées.

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Parution du rapport “Climate for Transport Change”

l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) a récemment publié un rapport intitulé «Climate for a transport change». Ce rapport est issu du mécanisme de rapport “Transports et environnement” (TERM en anglais), outil spécifique basé sur des indicateurs et visant à  déterminer les relations entre le secteur des transports et l’environnement.

Plusieurs aspects du secteur des transports sont abordés dans le rapport. Sont notamment cités : le transport aérien qui croît plus vite que la moyenne de l’ensemble des transports de passager. Le transport de fret qui augmente plus vite que l’économie et pour lequel on préconise une meilleure internalisation des coà»ts externes. Les gaz à  effets de serre en augmentation malgré les améliorations technologiques réalisées ces dernières années en terme d’efficacité énergétique et, sur les carburants non fossiles. La santé dans les villes européennes toujours menacée par les émissions de polluants des véhicules sur route, là  aussi malgré le renforcement significatif des normes. Et le manque de certitude quant à  la capacité des biocarburants de première génération à  réduire les émissions de gaz à  effets de serre.

Il est a noté que le transport sur l’eau est le mode de transport cité comme étant le moins polluant. Le transport par rail quant à  lui émet moins de gaz à  effet de serre que le transport sur route, pourtant on apprend que la quantité de passager et de fret a diminué de respectivement 5,8% et 10%.

Parallèlement, le rapport fait également état d’une augmentation de l’utilisation de la voiture associée à  une diminution du nombre de passager par voiture. Ce qui annule l’effet des améliorations technologiques réalisées récemment sur les automobiles. A savoir que « environ 12 % des émissions de CO2 dans l’UE proviennent de carburant consommé par des voitures particulières »

Outre le fait de souligner l’importance du vélo et de la marche à  pied en tant qu’alternative à  la voiture pour les petits trajets, d’autres focus sont faits sur l’occupation des sols et la planification des transports urbains européens, ainsi que sur la nécessité de comparer les modes de transport. Plus particulièrement, une comparaison des taux d’occupation des modes de transport peut s’avérer très intéressant. Cela rejoint le problème soulevé dans cette récente interview du responsable du Mastère Spécialisé en Mobilité Urbaine de l’Eigsi, Monsieur Boussier, et qui souligne que « parfois 4 voitures remplies de passagers valent mieux qu’un bus. Cela peut paraître étonnant mais les bus, qui pèsent en moyenne 18 tonnes, s’arrêtent et redémarrent sans cesse au cours d’une journée et sont alors extrêmement consommateurs en carburant (environ 40 litres pour 100 kms). Et l’on voit parfois, dans des petites agglomérations, des bus circuler avec 2 ou 3 personnes seulement à  l’intérieur ».

En conclusion, le rapport suggère de fixer des objectifs qui, certes, pourront être considérés comme un réel défi, mais qui demeureront toutefois réalistes. Encourageant ainsi les acteurs du secteur des transports et les décideurs politiques à  mettre en place les mesures et les outils nécessaires, et facilitant le suivi des évolutions de la performance environnementale du secteur. Le rapport insiste enfin sur le fait que les mesures prises devront permettre de répondre à  la demande existante en terme de transport.

Source :

http://www.eea.europa.eu

le rapport de l’EEA : http://reports.eea.europa.eu/eea_report_2008_1/en/EEA_report_1_2008_TERM.PDF

Article du blog DeDuXion : « Un Mastère spécialisé en mobilité urbaine et durable »

http://www.actu-environnement.com/ae/news/emission_transport_aee__4638.php4

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Mastère Spécialisé en Mobilité Urbaine Avancée Durable (MUAD)

Interview de Monsieur Jean-Marie Boussier, Enseignant à  l’Eigsi et Responsable du Mastère Spécialisé en Mobilité Urbaine et Durable (MUAD).

L’Eigsi est une Ecole d’ingénieur généraliste qui offre des opportunités de postes très variés, tant aux hommes qu’aux femmes, dans tous les secteurs d’activités.
L’objectif majeur poursuivi est de délivrer aux étudiants une formation scientifique, technique et
humaine en adéquation permanente avec les besoins des entreprises. L’EIGSI s’inscrit dans cette démarche de décloisonnement et d’interpénétration des disciplines pour former des ingénieurs «Systèmes». Le cursus EIGSI est complété par des domaines d’expertise (dominantes) en phase avec les exigences du marché de l’emploi actuelles et futures.

L’Eigsi a mis en place un Mastère Spécialisé en Mobilité Urbaine et Durable (MUAD). A quelle demande cela répond-il en priorité : acteurs locaux, stratégie nationale ?

Jean-Marie Boussier (J-M B): Dans le cadre du programme européen CIVITAS, nous participons au projet de recherche SUCCESS ou trois villes européennes, dont La Rochelle, s’associent pour travailler sur les problématiques de mobilité urbaine. L’idée a donc été de mettre en place un programme au sein de l’école qui permette de former des futurs ingénieurs sur ces mêmes problématiques de transport de personnes et de marchandises en zone urbaine.

Nous avons présenté le dossier de cette formation à  la Conférence des Grandes Ecoles qui l’a validé, d’o๠le label de « Mastère ».

Avec cette formation nous sommes plus dans une optique nationale. En effet les débouchés de ce Mastère sont très liés aux demandes des collectivités, et il nous semble difficile de placer entre 15 et 20 ingénieurs uniquement au niveau local. Et nous avons déjà  été contactés par des collectivités telles que Lyon ou Nancy qui ont entendu parlé de la formation. Il existe donc bien des besoins de personnes ayant des compétentes en mobilité urbaine qui vont au-delà  de la simple gestion de flotte de bus.

Vous travaillez donc avec d’autres villes dans le cadre du programme européen. Travaillez-vous également en partenariat avec d’autres organismes ?

J-M B : En ce qui concerne le projet SUCCESS, une équipe de l’Eigsi travaille en collaboration avec la ville de Preston en Angleterre et la ville de Ploiesti en Roumanie.

D’autres partenariats ont été mis en place, pour le Mastère, avec des entreprises, des collectivités publiques telles que les Communautés d’Agglomération de La Rochelle et de Poitiers, et des organismes comme l’Ademe par exemple.

Pour quelle raison les étudiants du MUAD choisissent-ils cette formation ?

J-M B : Pour entrer dans ce Mastère, les étudiants doivent être diplômés BAC+5 ou, BAC+4 avec 3 ans d’expérience professionnelle. Ce sont des conditions imposées par la Conférence des Grandes Ecoles. Ces étudiants ont en majorité une certaine expérience et sentent bien les réels enjeux liés à  la mobilité urbaine. Ils comprennent que ce n’est pas un effet de mode et sont sensibles au retard que nous avons en France dans ce domaine.

Pourtant, avec le TGV et l’arrivée prochaine de l’AGV on pourrait supposer que la France est en avance.

J-M B : Je parle en fait de la mobilité à  l’intérieur des villes. N’oublions pas qu’aux alentours des années 50, de nombreuses villes françaises de plus de 20,000 habitants ont fait démonter les tramways qui les desservaient. Alors que dans de nombreux pays, je pense notamment aux pays de l’est, le tramway est resté un moyen de transport traditionnel. Cela vient également de notre culture plus individualiste.

Sur votre site internet vous parlez de la dimension pluridisciplinaire et transversale de la mobilité urbaine. Les étudiants sont-ils formés dans ce sens ?

J-M B : Oui la formation couvre de nombreux champs d’application : le transport, l’urbanisme avec les infrastructures des différents modes de transport, les énergies propres pour lesquelles nous sommes dans une optique de long terme, il est donc nécessaire de s’interroger sur l’intérêt d’un carburant propre par exemple, si celui-ci est issu d’un procédé de fabrication très énergivore ou polluant. Les problèmes sociodémographiques sont également abordés, par exemple au travers de l’analyse de la typologie d’une ville, de ses différents quartiers et des questions de mixité sociales. Enfin l’environnement fait partie des sujets étudiés, mais toujours rattaché à  une discipline, sans quoi nous ne pourrions que survoler un domaine d’étude trop large.

 

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(Vélos jaunes en libre service – Place de Verdun – La Rochelle)

L’engagement de l’école dans la voie du développement durable, via la mise en place de mastères, a-t-elle une incidence sur les salariés de l’école ? Et la direction a-t-elle pris conscience des enjeux liés au développement durable.

J-M B : Oui elle en est consciente. Elle a mis quelques actions en place, notamment un vélo et une carte Lisélec (voiture électrique en libre service) pour les déplacements courts, afin d’éviter au maximum les déplacement individuels des salariés en voiture pendant la journée. Nous pourrions communiquer plus en interne pour sensibiliser les salariés à  préférer le bus pour se rendre à  l’école ou encore le covoiturage, voire le vélo. On pourrait également envisager de mettre en place un plan de déplacement. Mais tout cela nous renvoie aux problématiques de mobilité urbaine auxquelles nous devons faire face aujourd’hui.

 

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(Emplacement des voitures électrique libre service sur le parking de l’Eigsi)

Pouvez-vous nous en dire plus ?

J-M B : La problématique est de savoir comment faire se déplacer des individus au sein d’une ville en tendant vers l’utilisation de transports propres. L’objectif principal est d’éliminer ce que l’on appelle la « voiture solo », c’est-à -dire les déplacements individuels en voiture. La grande difficulté est de définir les transports moins ou non polluants mais qui répondent à  une certaine demande. On ne peut tout simplement pas décider du jour au lendemain de mettre fin aux déplacements en voiture. Deux chiffres sont intéressants à  mettre en parallèle pour l’expliquer : d’un côté 85% du PIB de l’Union Européenne est réalisé en zone urbaine (zone supérieure à  10,000 habitants). De l’autre, 80% des déplacements se font en voiture si le stationnement est possible à  l’arrivée. Les deux sont étroitement liés.

Il y a donc de nombreux paramètres à  prendre en considération pour comprendre la demande et adapter les modes de transports et leurs infrastructures à  cette même demande. Il y a également tout un travail d’analyse sur les comportements, puisque aujourd’hui prendre sa voiture est tout simplement un réflexe.

Le développement des transports en communs et la sensibilisation à  leur utilisation n’est-il pas déjà  un bon début ?

J-M B : Cela dépend. Parfois 4 voitures remplies de passagers valent mieux qu’un bus. Cela peut paraître étonnant mais les bus, qui pèsent en moyenne 18 tonnes, s’arrêtent et redémarrent sans cesse au cours d’une journée et sont alors extrêmement consommateurs en carburant (environ 40 litres pour 100 kms). Et l’on voit parfois, dans des petites agglomérations, des bus circuler avec 2 ou 3 personnes seulement à  l’intérieur. Les opérateurs de transport disent eux-mêmes qu’il est nécessaire d’assurer le service public de transport mais que ce n’est pas valable dans toutes les zones ou, le taxi par exemple, serait plus approprié.

Les infrastructures sont également à  repenser. Je pense notamment aux ralentisseurs que l’on trouve de plus en plus en ville pour ralentir la circulation dans certaines zones. Là  encore, cela oblige les véhicules à  ralentir puis accélérer. Il existe d’autres solutions qui limitent ce problème, notamment des systèmes de signalisation qui indique au chauffeur sa vitesse sur un panneau d’affichage. De même, certains maires on décidé de faire passer la vitesse maximale sur l’ensemble de la ville à  30km/h avec des zones d’exception à  50 km/h, plutôt que l’inverse.

 

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(Parcours réservé au bus à  l’intérieur de La Rochelle)

Vos travaux de recherche se basent-ils sur des bonnes pratiques déjà  existantes o๠êtes vous dans une logique d’innovation ?

J-M B : Il est toujours intéressant de voir ce que font les autres, car nous formons des futurs ingénieurs et il est important de leur montrer ce qui se fait de bien ailleurs. Par exemple l’Allemagne utilise le tramway pour le transport de marchandise de nuit. C’est une bonne pratique !

En ce qui concerne l’innovation, mes travaux de recherche portent actuellement sur l’activité de stationnement. Cela m’a permit de proposer une méthode pour que l’on puisse intégrer le comportement d’individus dans un outil informatique. En d’autres termes, nous développons, en coopération avec le laboratoire L3I (projet PAVU), un simulateur de trafic urbain. Le but étant de déterminer au préalable les critères que les gens prennent en compte pour choisir leurs modes de transport. Si l’on parvient à  comprendre cela, on peut agir plus facilement sur ces critères et proposer des alternatives acceptables de transport.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit, de proposer des alternatives qui soient acceptables pour les usagers, autant au départ, que pendant le trajet, et à  l’arrivée. Si à  l’arrivée d’un train par exemple, des vacanciers ne trouvent aucun moyens pour se rendre à  l’hôtel, ils préfèreront prendre leur voiture. Un autre exemple, si l’on propose un moyen de transport en commun qui permette d’accéder facilement aux zones commerciales, mais que rien n’est prévu pour faciliter le transports des achats, alors nous ne répondons pas à  la demande.

L’acceptabilité des alternatives proposées dépend de plusieurs critères tels que le confort, la flexibilité, la sécurité, l’accessibilité pour les personnes à  mobilité réduite, l’absence de contraintes, etc.

Quel est votre avis par rapport au concept théorique du développement durable (Social/Economie/Environnement) ?

J-M B : Je trouve qu’il est intéressant de voir un « retour au long terme ». Penser long terme redevient une préoccupation par rapport à  la rentabilité immédiate. Mais dans les faits c’est autre chose. La finance l’emporte sur la raison. C’est en quelque sorte un jeu pour lequel des gens veulent dicter des règles. Tout le monde peut, en théorie, participer au jeu, tous les joueurs ne respectent pas les règles, et peu de moyens sont mis en Å“uvre pour évincer les tricheurs. Le tout étant de connaître les risques si les règles ne sont pas respectées, mais nous entrons là  plutôt dans le domaine de l’éthique.

Sources utilisées lors de l’interview :

Memo : Green paper « Towards a new culture for urban mobility »

Livre vert : « Vers une nouvelle culture de l mobilité urbaine », par a Commission des Communautés Urbaines, http://ec.europa.eu/transport/clean/index_en.htm

Transport durable : http://www.euractiv.com/fr/transport/transport-durable/article-120363

Transports urbains : http://www.euractiv.com/fr/transport/transports-urbains/article-161295

Maîtriser la place de la voiture en ville (Les politiques, Fiche 5.4, juillet 2007)

Les transports urbains en France , Science & Décision, http://www.science-decision.fr

Conseil en mobilité : une nouvelle mission, un nouveau métier, Certu

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Bienvenue sur le nouveau blog DeDuXion – Développement durable

Le blog DeDuXion a pour objectif de mettre en avant des interviews d’acteurs, ou non acteurs, du développement durable. L’idée étant de comprendre leurs motivations, de partager les “bonnes pratiques” du développement durable, confronter les retours d’expérience, etc.

En plus de ces interviews, je vais m’attacher à  présenter des petites brèves de temps en temps, en lien avec l’actualité du développement durable, ainsi que des réflexions sur des thématiques également liées à  ce vaste concept dont tout le monde parle…

Bonne lecture,

Charles

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